4 avr. 2020

Journal d'une autrice confinée : J19

La résilience


Pour mes enfants, être en confinement n'est pas leur première expérience. 

Quand elles vivaient en Haïti, toutes petites, elles ne sortaient jamais de leur orphelinat et vivaient entre ses murs. A la différence pres qu elles étaient des dizaines d'enfants confinés ensemble. A dormir à deux dans un lit, à jouer, manger, apprendre, grandir les uns contre les autres. Les uns sur les autres. Un confinement surpeuplé, en fait.

C'était un super orphelinat, les enfants étaient bien nourris, choyés par les nounous et les bénévoles, stimulés, aimés... mais c'était un orphelinat tout de même. C'était quatre hauts murs. C'était toujours les mêmes visages. Le même paysage au dessus des murs épais recouverts de barbelés. Et puis malgré toute l attention qu on leur portait, c'était surtout un confinement dans leur propre tête, sans une maman ou un papa la nuit pour apaiser leurs peurs, pour accompagner leurs maladies infantiles, pour soulager une douleur dentaire, pour chanter une chanson, faire un baiser d amour, pour veiller sur elles...

Chaque soir depuis le début du confinement, ma fille aînée ne trouve pas le sommeil et descend me voir, souvent tard. Je la fais rire avec des blagues à deux balles, elle se détend, remonte dans sa chambre, redescend...


Ma petite, elle, pleure chaque fois que le jour décroît. Tous les soirs.


Alors je pense à tous les enfants et les adolescents pour qui les rapports sociaux sont fondamentaux pour se construire. Pour une fois, je bénis leurs téléphones portables de leur permettre de maintenir un peu de ce lien.


Et puis je me dis aussi que mes poulettes que j aime plus que tout sur la terre ont un petit truc en plus, ou en moins... pour elles, ce confinement en réactive un autre : un confinement affectif qui forcement ravive une souffrance originelle...





Journal d'une autrice confinée : J15

Ecrire encore ? 


Je ne parviens plus du tout à écrire... 

D'une part parce que je passe un temps important à cuisiner, coudre (des masques), téléphoner à mes proches et à mes voisins qui vivent seuls, faire mes courses sur le net (une galère...), faire les devoirs avec mes filles...
Pour moi qui suis multitâches, j'aurais pu penser que cette multiplicité d'activités allait me combler... Ca empêche de s'ennuyer, c'est sûr !








Mais il y a aussi autre chose...
Ce sentiment dans ma tête, ce deuil collectif qui m'envahit, cette impression ambigue de fin d'un monde et de renaissance, d'individualisme et de solidarité...
Mes émotions font le yoyo, je passe en quelques secondes d'un optimisme dévorant à un pessimisme accablant.
Je me sens en pleine empathie avec la terre entière et en même temps j ai envie de me terrer seule avec les miens et ne plus penser à dehors...
Mon naturel joyeux prend souvent le dessus et je lui suis reconnaissante de m'accorder ces bouffées de bonheur qui ne sont pas qu'apparentes.
Est-ce une conscience aigüe de ce bonheur ou le venin du deuil de l'humanité qui s'insinue entre mes moments de tranquillité, qui provoquent mon attitude de survie ? 



Oui : protéger mes enfants et leur assurer un avenir, entrer en solidarité, nous nourrir... c est bien de notre survie qu'il s'agit. 

Et pour le moment, l'écriture n'en fait pas partie.

28 mars 2020

Journal d'une autrice confinée : J11

Aujourd'hui, c'est vendredi, J11 du confinement.

Il y a deux jours, on a appris par des voies toujours un peu nébuleuses que le pic de contagiosité serait atteint ce week-end et la semaine à venir : c'est le moment idéal pour éviter les sorties, les balades du chien, les courses, les tout !

Avant-hier soir, donc, je me suis lancée dans l'aventure en m'inscrivant sur Aupré (pas de pub) - livraison afin de nous déplacer le moins possible et nous faire livrer l'essentiel.
Deux heures de connexion, inscription, remplissage virtuel de panier virtuel, remplacement de denrées (ce mot me fait toujours penser à Villeret dans La soupe aux choux) qui étaient en stock 2 minutes avant mais ne le sont plus.
Je ne dois pas être seule à avoir eu cette idée.
Recherche de créneau de livraison : pas d'ouverture de créneau avant demain soir.
Bon.
Enervée.
Bouffées de chaleur.
(joue - front - joue - front)*
Mais soit, je reviendrai demain.
Je sauvegarde mon panier : pas envie de passer à nouveau 2h dans les rangées virtuelles d'Aupré.




Le lendemain soir, nous décidons de nous offrir un petit apéritif en famille. Mais alors que je vais entamer mon jus de tomates (le gin et le tonic sont dans le panier virtuel d'Aupré), je me rappelle qu'il faut que j'aille réserver un créneau. Vite.
Je grimpe 4 à 4 les deux étages qui me mènent à mon bureau et me connecte (10 minutes - Ca rame). Créneau disponible lundi 30 mars de 8h à 9h30. Cool ! Je clique ! "Vous êtes trop nombreux en ce moment sur le site, veuillez recommencer ultérieurement. Et prenez bien soin de vous".
Merde.
- Chéri ! Les filles ! Commencez l'apéro sans moi, je vais rester un peu dans mon bureau (toute seule sous les toits) à cliquer jusqu'à ce que j'aie mon créneau.
Une heure plus tard, je clique toujours. En buvant seule mon jus que mon mari m'a apporté. Avec les trois amandes grillées qui restaient.
"Vous êtes trop nombreux en ce moment sur le site, veuillez recommencer ultérieurement. Et prenez bien soin de vous".
"Vous êtes trop nombreux en ce moment sur le site, veuillez recommencer ultérieurement. Et prenez bien soin de vous".
"Vous êtes trop nombreux en ce moment sur le site, veuillez recommencer ultérieurement. Et prenez bien soin de vous".
J'ai soudainement envie de leur CASSER LA GUEULE. Comment osent-ils nous conseiller de prendre soin de nous alors qu'ils font TOUT pour nous ENERVER et que - je le rappelle - le stress peut affaiblir les défenses immunitaires !


Et puis d'un coup, sans prévenir : "le créneau que vous avez demandé est libre, merci de valider votre panier avant de passer au paiement".
Nan !
Joie !
Salto virtuel !
Je valide, un sourire jusqu'aux joues (rouges) !
ENFIN !
Je vais pouvoir aller dîner en famille (qui m'a oubliée, depuis).

"Des denrées (Villeret) que vous avez choisies sont en rupture de stock. Veuillez vérifier votre panier"
Et Bing ! Je perds mon créneau !
C'EST PAS VRAIIIIIIIIIIIII !!!!!
("Et prenez bien soin de vous !")

Il ne sera pas dit qu'Aupré a eu ma peau, et je recommence.
Patiente.
Déterminée.
Zen (euh...)
Clique. Clique. Clique. Clique. Clique...
Clique. Clique. Cliiiiiiiiiique. Cliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiique. Ccccccllllllliiiiiiiiiiiiiqqqqquuuuueeeeeeeuuuxxxx...
.
YES ! J'ai eu le clic déterminant : LE message. Je n'y crois plus, mais je valide mon panier et là ! OUUUAAAIIISSS ! Créneau réservé, panier validé, "vous pouvez passer au paiement". Je paie, envoie mon code de sécurité reçu sur mon téléphone et... "Nous sommes désolés, votre paiement a été refusé par votre banque"...
.
.
.
.
.
Je descends les deux étages.


M'assois dans le canapé.
Sans un mot.
Sans un regard.
Pas faim.
Plus envie de rien.
Aupré m'a vaincue.
.
.
.
"Et prenez bien soin de vous, surtout".



(à suivre...)


* Voir J5

Lecture des Pointes noires chapitre 1


Les pointes noires, chapitre 1



24 mars 2020

Journal d'une autrice confinée J7

J7 : J'ai découvert la SNT

Voilà cinq jours que nous essayons, ma fille aînée et moi, de comprendre où s'est caché l'exercice de SNT (Sciences Numériques et Technologiques (enfin, je crois)) que le professeur nous réclame.
Quand enfin nous le trouvons, après avoir erré de son ENT au mien, de son Pronote au mien, du "cahier de texte" au "travail à faire", du "casier des professeurs" au "courrier", la joie de découvrir qu'il fait HUIT pages et que les exercices sont à rendre pour la semaine dernière nous laissent pantoises.
Une grande inspiration, trois minutes de cohérence cardiaque, et on se lance.
Pas facile, la SNT (Sciences Narquoises et Ténébreuses), mais au bout de deux heures à s'arracher les cheveux, nous parvenons (je dis bien "nous" car faire ça toute seule, quelle déprime) à répondre à toutes les questions posées.
Nous voilà avec un beau devoir sur les bases de données, le bigdata, l'opendata et le RGPD. Il s'agit maintenant de l'envoyer au professeur.
Vingt minutes plus tard, nous trouvons enfin où le déposer : LE casier des professeurs dans l'ENT de ma fille (mais pas dans le mien, ce qui nous a fait perdre pas mal de temps, au début, hélas).
Dans les starting-block, prêtes à envoyer : GO !
Ouf !
Une bonne chose de faite.
"Erreur durant l'envoi de votre document"
Non. C'est pas possible. JE VAIS PETER UNE DURIIIIIIITE !
- Maman, pourquoi t'es toute rouge ?
(Joue - Front - Joue - Front...)(pour ceux qui ne comprennent pas, allez lire le J5)
On recommence.
Une fois, deux fois, trois fois... "Erreur durant l'envoi de votre document" "Erreur durant l'envoi de votre document" "Erreur durant l'envoi de votre document"...
- Maman, j'en peux plus de ce confinement !
(et moi, donc).
- T'inquiète, ma chérie, je vais trouver une solution.
Je la renvoie dans sa chambre faire son travail sur "Emission, propagation et perception d'un son" et retourne dans ma session-lycée, casier, non, ENT... non, Pronote... (10 minutes) et là, j'écris au professeur en tâchant de rester zen (il n'y peut rien, je sais, mais moi non plus.)

Monsieur,
Nous venons d'essayer de vous envoyer le travail de ma fille sur votre casier. A 9 reprises la réponse a été "erreur durant l'envoi de votre document".
Je suis désespérée. Mais pas sans ressources, et j'ai pensé que peut-être, ça passerait mieux si je convertissais mon document de .doc. en PDF. (comme ça, je lui montre que je maîtrise, en plus). j'ai refait quelques essais... mais visiblement, le PDF ne passe pas plus que le .doc.
A part vous le faire porter par pigeon voyageur, je ne vois plus de solution...
Auriez-vous un petit conseil, une adresse mail, une idée ? (une boîte de lexomil ?)


Il me répond gentiment en me donnant son adresse mail perso pour le lui envoyer en direct.
Ce que je fais.
Réponse de ma messagerie "le destinataire n'existe pas".
Je n'en peux plus. J'ai chaud (Joue- Front - Joue - Front)
Je retourne dans  ma session-lycée, casier, non ENT, non Pronote (10 minutes) et je refais un message.
Ah oui pardon, je m'étais trompé d'adresse mail.
Je file sur ma messagerie essayer la nouvelle adresse mail. MIRACLE, mon fichier est parti, pas de message d'erreur, et même un bel accusé réception !
.
Finalement, après trois heures, les dieux de la SNT (Sciences Neurasthéniques et Tarabiscotées) ont eu pitié de nous.

Journal d'une autrice confinée : J5


J5...
Je ne sais plus quel jour nous sommes...
Ah si ! Samedi !
JOIE !!! Pas de leçons pour mes filles aujourd'hui ! (Il faut suivre le rythme scolaire à la lettre, qu'on nous a dit). Du coup, la pression que je ressens depuis mardi retombe.
Cela dit, je réfléchis un peu... m'énerver sur la continuité pédagogique a du bon : pendant ce temps, je pense moins à la situation.
Parce que je fais des allergies au calcaire (oui je sais, aucun rapport, mais ça va venir) : quand je prends ma douche, si je me passe le jet d'eau trop longtemps sur le visage, j'ai les joues en feu ! Je le sais, j'ai l'habitude, mais là, allez comprendre, ça me met tous les sens en alerte et je me dis que peut-être, c'est de la fièvre.
Je me reprends : soyons raisonnable.
Oh la la, j'ai chaud, on pourrait faire cuire un oeuf sur mes joues.
Non mais c'est comme d'hab, quoi...
Mais c'est pas chaud comme les autres fois, on dirait !
Bref, je passe mon samedi à me toucher le front, les joues, le front, les joues...(après m'être récuré les mains au Cif ammoniacal, évidemment).

Et puis, avec l'arrivée du printemps, c'est toujours pareil : un peu d'allergie et le nez qui coule...
Et si c'était pas l'allergie ?
Je me mouche avec énervement (et avec un mouchoir, aussi)(jetable, le mouchoir).
Du coup, ça me donne une suée de m'énerver comme ça.
Joues - Front - Joues - Front...
Je regarde avec une certaine animosité mes filles et mon mari vautrés devant la télé, indifférents au drame qui se joue à quelques mètres d'eux, alors que je cherche à leur sauver la vie en passant frénétiquement tout ce que j'ai pu toucher à l'alcool à 90° : boutons de porte, rampe d'escalier, poignées de fenêtres, interrupteurs, poils des chats...
Quand le soir arrive, éreintée (encore un signe ?), je m'écroule dans mon canapé.
Tiens, il fait frais. Mon nez ne coule plus. Mes joues ont toute leur fraîcheur.
On dirait que l'épreuve est passée ! Et j'ai gagné haut la main (lavée) !
Vivement lundi, tiens ! ... Que je sois occupée avec la continuité pédagogique !

21 mars 2020

Journal d'une autrice confinée : J4

Autrice au bord de la crise de nerfs !

Je suis en train d'écrire un manuscrit.
Dystopie* à 4 mains avec une super copine.
Il est tôt, je me réveille et me retourne dans mon lit, pleine de culpabilité : voilà plusieurs jours que je n'ai pas pu écrire.
Mais j'ai de (bonnes) raisons.
Mère d'élèves (quasi) parfaite, j'ai utilisé beaucoup de temps et d'énergie, chaque jour de cette distanciation sociale, à ce qui me paraissait la priorité : organiser la continuité pédagogique pour mes filles.
Et on peut dire que ça a démarré sur les chapeaux de roues, ne laissant aucune place à la nécessaire adaptation à une situation pour le moins inédite et angoissante.
.
J'ai la chance d'avoir été enseignante avant d'être autrice, et j'ai pensé que ce petit bagage allait me mettre à l'abri des inquiétudes liées à la pédagogie à distance... Que nenni ! Et je me suis sentie immédiatement et complètement dépassée : deux filles, l'une en cinquième et l'autre en seconde. Deux plateformes pédagogiques différentes. Mais en fait, non, pas deux, puisque les professeurs (qui font ce qu'ils peuvent, les pauvres, je le sais bien) déposent le contenu de leurs cours dans plusieurs endroits différents : les casiers de collecte, Pronote, le cahier de texte, le CNED, les manuels numériques conseillés... et peut-être même d'autres que je n'ai pas encore découverts...
La multiplicité de ces supports a sacrément ajouté à l'impression d'encombrement mental. Eh ouais, dans ma tête, il y avait : le coronavirus, le confinement, les courses à faire pour nous, les courses à faire pour mes parents, la peur, le stress, les informations que forcément, on regarde/lit/écoute en boucle, la peur, le stress, la peur, le stress...
Avec le recul, j'ai eu l'impression d'une vague scélérate qui nous submergeait. 
Alors mes filles n'ont pas fait la moitié de ce qui leur était demandé.
Mea culpa : en plus de tout le reste, les deux ordinateurs de la maison ont d'abord été pour que mon mari et moi puissions organiser à distance nos vies professionnelles.
Alors, on a pris du retard dans les devoirs.
Alors, les filles (qui sont des élèves sérieuses), ont flippé.
Alors, on a flippé aussi.
Alors, on a été encore plus encombrés mentalement.
.
.
.

Toutes ces pensées négatives dès le réveil, ce n'est pas bon. Ca fait quatre jours qu'on est en confinement, il faut impérativement si ce n'est s'organiser, du moins prioriser différemment nos activités.
C'est décidé, je vais me lever et vite vite vite monter dans mon bureau pour m'y mettre avant que la smala soit réveillée.
.
.
.
Bizarre.
J'ai chaud sur une joue.
J'ai une narine bouchée.
Et d'un coup j'éternue.
TEMPERATURE !
.
.
.
Bon
36.8°
.
.
.
Je vais aller prendre mon café. Tranquille.
J'irai travailler à mon manuscrit plus tard.
On est peu de chose.
.
.
.




*Une dystopie est, à l'image de 1984 de G. Orwell, un récit de fiction qui montre une société imaginaire détestable où le bonheur est impossible. Ce modèle de société est souvent régi par un pouvoir dictatorial, totalitaire, ou par une idéologie néfaste qui empêche les citoyens d'y être libres.
Une dystopie peut aussi se dérouler dans un monde post-apocalyptique...

20 mars 2020

Journal d'une autrice confinée : J3

Confinement J3 (seulement...  )
Fiche d'activités en technologie à transférer au professeur. Ma fille fait son travail, complète consciencieusement, vient me déranger 25 fois parce qu'elle n'a pas tout compris, retourne terminer sa fiche, me l'apporte à scanner pour le déposer sur le casier de collecte de l'ENT (que j'ai mis trois plombes à trouver hier). J'ouvre mon scanner, dépose la fiche, appuie sur "scanner" sur mon ordi.
Rien.
Je recommence.
Rien.
Je débranche le scanner et le rebranche. Recommence.
Rien.

Je prends une grande inspiration et renvoie gentiment ma fille qui me demande de lui traduire une phrase en espagnol (j'ai fait allemand première langue et anglais en deuxième) en lui braillant que C EST PAS LE MOMENT DE ME FAIRE CHMIRRRR !

Je prends une grande inspiration.

Débranche le scanner. Le rebranche. Appuie sur le bouton.
Je vous le donne en mille ("rien", pour ceux qu'auraient pas suivi).

Je descends me faire un thé. Envoie mon autre fille balader alors qu'elle me demandait ce qu'étaient l'étendue, le 1er quartile, le 3ème quartile et l'ECC.

Finalement je me décide pour une tisane apaisante.
Remonte l'escalier le plus silencieusement possible et passe devant les chambres des filles en me baissant et retenant ma respiration.
Ca passe. Elles m'ont pas entendue.




Je monte dans mon bureau et m'apprête à désosser l'imprimante-scanner.
Ma plus jeune me crie de sa chambre qu'elle sait que je suis là et qu'elle aimerait que je l'aide au moins à faire son anglais, si je ne peux pour l'espagnol.
Je hurle que j'ai tout oublié et que les anglais sont nos pires ennemis depuis le Brexit (et la guerre de cent ans).
Ma grande ressasse qu'elle ne voit pas l'intérêt d'étudier les séries statistiques sur la taille et le poids de gens inconnus (et même connus).

Prise d'une illumination probablement due à l'association Camomille-Valériane de ma tisane, je change de port USB pour mon scanner (aucune logique dans cette procédure, mais bon).
Joie ! il se met en route et me scanne mon document.
Soulagée, je vais pour l'ouvrir afin de le vérifier avant de l'envoyer au prof : impossible de le retrouver ! Perdu dans les limbes de mon ordinateur.

Je m'envoie une grande goulée de camomille, réponds à ma grande que non je n'ai plus aucun souvenir des isotopes de l'hydrogène, à l'autre que oui, elle a raison, je suis une mère indigne, passe en revue tous les put!ù%*µ de fichiers où ma techno aurait pu se planquer, finis par le retrouver.

Je prends une grande inspiration.


Après 10 minutes de tâtonnement, je parviens à me connecter à l'ENT et cherche le casier de collecte. J'apprends par coeur (pour une prochaine fois) le tutoriel de dépôt de document, demande à ma petite d'arrêter de chanter même si le prof de musique a demandé de s'entraîner un peu parce que sinon j'ai du mal à me concentrer, et HOP ! d'un coup ! le document apparaît dans le casier !
Mais que je suis douée ! (et une rasade de camomille pour fêter ça, une !)


Ah... Le sujet du travail d'informatique à rendre, c'était "les réseaux informatiques".
Ca m'aurait arrangé que ce soit sur les scanners.

En attendant, j'espère que les magasins ne sont pas en rupture de stock de camomille-valériane.
Je vais me faire une petite réserve.

Journal d'une autrice confinée : J2

Exaspération !

Je n'ai même pas eu le temps d'écrire mon journal tant j'ai été submergée par les problèmes informatiques et par la "continuité pédagogique".

Au bout d'un moment, entre la préparation des repas (ben oui, y'en a un de plus puisque d'habitude, c'est cantine, le midi), quelques incursions dans mon propre travail (peu), la sortie du chien, la fabrication de gel hydroalcoolique, les courses pour mes parents, l'impression des autorisations dérogatoires et tout le toutim, je me suis finalement fendue d'une lettre à (la très chouette) professeure principale de ma plus jeune fille :



"Chère professeure principale de la classe de ma fille,

Je voulais vous faire part de quelques remarques concernant la continuité pédagogique.

Sachez tout d'abord que celles-ci ne sont en aucun cas tournées contre les enseignants que j'ai toujours à coeur de défendre (et pour cause* ;-)!): Il est vraiment difficile de s'organiser, à la maison, avec les devoirs à faire. Nous, parents, devons mettre en place un emploi du temps, aller sur plusieurs plateformes différentes (pronote, ENT, CNED), faire le tri des informations, imprimer, expliquer le travail, surveiller que nos enfants se mettent VRAIMENT au travail (et c'est pas simple), répondre à leurs questions, réexpliquer, passer l'ordinateur dont nous avons besoin pour notre propre télétravail, vérifier que c'est compris, que c'est fait, que c'est transmis aux professeurs, etc.
Cela est très chronophage, engendre beaucoup de stress de part et d'autre et est difficilement compatible avec notre propre organisation professionnelle et la vie de famille confinée.

Je sais qu'on vous a demandé d'assurer la continuité pédagogique et c'est tout à votre honneur, mais la plupart des parents avec qui j'ai discuté ont du mal à s'en sortir, à fortiori s'ils ont plusieurs enfants, et encore plus s'ils sont en télétravail (alors je n'ose imaginer celles et ceux qui sortent travailler).
Pour ma part, j'aimerais aussi pouvoir honorer mes propres contrats de travail et pour l'instant ce n'est pas possible (même si mes employeurs sont très compréhensifs).

Je ne sais pas ce qu'il est possible de faire et suis partagée entre la volonté de bien faire et d'assurer à mes filles la scolarité dont elles ont besoin, et le lâcher prise nécessaire pour faire face à cette situation angoissante et que chaque famille puisse la vivre le plus simplement possible.

Voilà, je vous livre en vrac mes ressentis qui sont aussi ceux de nombreux parents. Sachez que j'ai bien conscience que pour vous, ce n'est pas simple non plus.

J'aimerais si possible que vous en parliez avec vos collègues, tout en précisant bien que ma démarche n'est motivée que par la volonté d'un échange positif et bienveillant entre professeurs et parents, nécessaire pour que nous puissions harmoniser les activités de nos enfants avec la vie quotidienne et nos propres activités, et que nous vivions tous cette situation avec sérénité.

Je vous remercie par avance de votre compréhension,
Prenez bien soin de vous
Sophie NOËL"



* je suis moi-même enseignante